Le Carré - scène nationale présente au gARage

DIEU, SEL ET SABLE

Par LABEL BRUT - compagnie associée au Carré.


Mercredi 17 et Jeudi 18 Octobre 2007 à 20H30

Plus de 150 spectateurs sont venus pour ces deux représentations.
Exceptionnellement, un gradin de 120 places était monté dans l’atelier.

Photo de Dieu, sel et sable

Écriture et mise en scène : Harry Holtzman
Avec la collaboration des interprètes : Babette Masson et Laurent Fraunié

Coproduction Nada Théâtre - Centre Culturel Boris Vian Les Ulis.
Avec le soutien du Théâtre de la Marionnette à Paris.


Pour vraiment savoir à quoi Dieu ressemble aujourd’hui,
Comment Il réenclenche une nouvelle fois devant vous le mécanisme de la création du monde,
Comment une archéologue intervient pour tenter de comprendre les dessous de notre Histoire (en oubliant la sienne) et ce que cette rencontre peut avoir d’explosif et d’édifiant,
Comment l’évocation de la tour de Babel et de Sodome et Gomorrhe peut prendre forme à l’aide d’une boîte de sel et de quelques petites cuillères,
Comment la tragédie n’est jamais très loin de la comédie, ni la farce de la cruauté...
Venez donc autour de notre brouette de chantier ce soir à la tombée de la nuit,
Vous rencontrerez Dieu



Note de l’auteur :
J’étais jeune universitaire à Yale au moment où Jacques Derrida devenait une “star” sur les campus, même la presse à grand tirage à l’époque faisait en sorte que son nom et les idées du déconstructionisme soient connus en dehors des cercles des critiques littéraires. J’ai assisté à une de ses conférences un soir dans une des tours gothiques sur ce qu’on appelait “Old Campus”, bâti dans les années vingt, avec l’université d’Oxford comme modèle et avec l’argent des ploutocrates pour financer ce désir de ressembler à la vieille Europe… mais je divague un peu, pas vraiment.

Derrida, français, né en Algérie de parents juifs, discourait dans le Connecticut sur un mot grec chôra, et il traçait l’histoire et l’évolution de ce terme. Derrida n’a pas donné de traduction directe de chôra, mais il l’a lié à la mémoire donnée par un endroit, l’idée du “lieu,” si je me souviens bien et si j’ai bien compris … mon français était plus approximatif que ce qu’il est aujourd’hui. De toutes façons, il montrait comment ce terme à travers les époques et dans les écrits d’auteurs et traducteurs divers se retournait, se contorsionnait, se pervertissait pour donner des sens parfois à l’opposé de ses utilisations précédentes. Je n’étais et je ne suis pas devenu un grand intellectuel (malheureusement) et encore moins un critique littéraire, donc je décris grossièrement ce que j’ai pu glaner, mais j’étais et je reste obnubilé par ce que j’ai compris ce soir-là. Cette école de pensée a engendré de fortes réactions, et très vite les “défenseurs de la vérité” et de la primauté d’une œuvre littéraire se sont opposés à cette façon “destructrice”, “irresponsable” et “sans fondement” de lire un texte. C’était aussi l’époque d’une grande ouverture vers les études multiculturelles et les études croisées. Les départements d’études afroaméricaines ou féministes ou gaies … devenaient incontournables dans toute grande université. Les réactionnaires voulaient établir des listes des œuvres et des auteurs “importants”, ils voulaient contrôler l’histoire des idées ou l’Histoire tout court comme des douaniers ou des tyrans. Ils avaient peur d’un effondrement. C’était aussi l’époque des théories sur “la fin de l’Histoire”, après la chute du mur de Berlin et avant l’année 2000 et surtout avant septembre 2001 aux Etats-Unis.

Dieu, Sel et Sable n’est pas une œuvre déconstructionniste; ce n’est d’ailleurs pas une œuvre purement littéraire, mais elle contient les reflets de ma propre histoire avec la littérature, de ma façon de lire ce qu’on appelle les grandes oeuvres, de ma lecture de La Bible spécifiquement, et de mon questionnement sur l’interprétation de ce qui est écrit, et qui est écrit depuis longtemps et qui est lu et relu et interprété et réinterprété … depuis longtemps : ces mots, ces histoires … l’Histoire. (Dieu, Sel et Sable est aussi très influencé par mes origines juives américaines, l’humour et la façon de cuisiner de ma grand-mère, mais cela est une autre histoire. Et je n’ai pas parlé de l’histoire de l’écriture de cette pièce : en grande partie un va-et-vient du plateau de répétition à mon i-Book, de Babette et Laurent à mes petites mains qui essayaient de dactylographier aussi vite possible les mots de leurs improvisations. Je n’ai pas parlé non plus du “théâtre d’objets” et des spécificités de forme que cela a imposé à la mise en scène … Je n’ai pas parlé ni du chantier de recherche autour de Salammbô ni de Pique-Nique Peplum, formes non-abouties, qui ont précédé Dieu, Sel et Sable … Et je n’ai pas parlé du fait que cette pièce a été conçu au début de la guerre en Iraq…)


Pour terminer je veux revenir sur les joutes des critiques littéraires, des philosophes et des penseurs de mes années universitaires … Ce qui m’anime dans tout ça (parce que ces joutes pourraient parfois sembler un peu ésotériques, précieuses ou pédantes, c’est à dire sans grand intérêt) … ce qui m’anime, c’était et c’est qu’un texte, une histoire n’est pas important parce qu’elle nous communique un sens unique et immuable mais parce qu’elle nous informe, nous forme, fait de nous ce que nous sommes.
On est ce qu’on ingère … mots, idées, interprétations … et ce qu’on est peut être à l’origine des nouvelles histoires et de l’Histoire, des histoires de guerres et peut-être aussi des histoires de paix.

Je peux dire que cela est le chôra où s’est créé cette pièce.

Harry Holtzman
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